Nobjet by Nathaniel Raymond
+33 (0)6 84 49 56 37
nathaniel(at)nobjet(dot)com
Reverse digital to Handmade

Juillet 2010 : Rencontres Mondiales du Logiciel Libre

 

Présentation du projet Nobjet : >>> voir la vidéo sur le site des RMLL.

Février 2007 : Exposition "Peau Neuve"

Le contenu de cette page nécessite une version plus récente d’Adobe Flash Player.

Obtenir le lecteur Adobe Flash

Cette interview a été réalisée pendant l'exposition de Nathaniel Raymond intitulée "Peau Neuve".

Cette exposition de peinture a eu lieu à Bordeaux, dans la salle d'exposition de l'espace29, du 21 février au 11 mars 2007.

Exposition "Peau-Neuve"

Commentaires

L’exposition « Peau neuve » représentait pour moi une branche « activée » au sein d'un projet artistique mettant en relation plusieurs sujets dans un réseau d’intérêts étendu au matériau, à la transparence, la superposition, la rugosité, les logiques de production… Cette exposition, étape vers les prochains projets, me permettait de marquer un temps d’arrêt dans la procédure créative, une interruption momentanée permettant de stabiliser des formes.

Pour cette exposition les œuvres sont réalisées sur un film de polyane translucide. Ce plastique bon marché, de fabrique industrielle, légèrement satiné et teinté de bleu, est assez épais pour être tendu sur des châssis dont il révèle la présence, parfois de façon bien visible, parfois de manière fantomatique. L’utilisation d’un tel matériau représente le niveau zéro de la rugosité : complètement imperméable, lisse à l’extrême, il peut rivaliser avec les textures de surface classiques sans autre intervention pathogène lié à la main de l’artiste que sa propre présence. La transparence dont il est question ici n’est pas un procédé technique, mais bien une propriété du support. Le support laisse voir au travers de lui-même le fond blanc du mur sur lequel est accrochée la peinture. Les formes qui se détachent sur ce que l’on ne peut plus nommer que difficilement un fond procurent l’impression de flotter à mi-chemin entre le mur et l’espace de la galerie. Il arrive que certains tableaux reçoivent plusieurs couches de plastique. Cette superposition provoque l’accentuation de la couleur bleutée et l’effacement progressif des films les plus profonds, sur le principe de la perspective atmosphérique. La ressemblance de cette superposition de supports avec la superposition des couches d’huile dans la cuisine classique s’arrête au moment où l’on constate le fusionnement des étapes de la fabrication du tableau. Il s’agit d’un mode de fabrication de l’image qui entretient d’ailleurs un rapport de ressemblance plus étroit avec les interfaces graphiques des logiciels de retouche d’image : les calques, notamment. Le tableau se déploie au rythme des plans superposés. L’entr’appartenance des plans de chaque film plastique favorise la lecture de l’objet comme une superposition de temps d’arrêts dans une procédure : il n’est pas question d’une véritable mobilité, mais de la représentation d’un mouvement. Le tableau consiste en des mouvements de passage, des transitions de forme et de couleur.

L’idée d’une connexion réside dans la rencontre de ces éléments formels entre eux. Cette logique qui veut relier entre elles les différentes étapes du changement provoque une instabilité dans la composition, mais pas seulement. La question du geste pictural, entendu comme reflet de l’authenticité du peintre et de la valeur artistique est déterminée par la capacité qu’a l’auteur de recevoir, de traiter et de redistribuer de l’information, ce qui implique adaptabilité, souplesse et transparence, réactivité sur les évènements. La « geste » du peintre n’est plus une question que l’on pose ni en termes de transsubstantiation, ni en terme de personnalité, pas plus qu’on ne l’envisage depuis le point de vue du style, ou de la pâte. Certes ce discours se joue du marché, puisque la signature, recto ou verso, conserve son rôle dans les processus de commercialisation. La question de l’authenticité en revanche, qui se pose si cruellement à chacun au moment même de la marchandisation des valeurs, des êtres ou de leurs organes, trouve des éléments de réponse dans des interventions ludiques et ponctuelles, réduites le plus souvent à l’état de traces picturales. Ce qui fait à mon sens de ces œuvres des œuvres en prise avec le public, mais à la condition bien sûr que l’on s’accorde sur un certain affaiblissement de la dimension humaine des échanges sociaux au profit d’un flottement de formes techniques et juridiques, économiques, scientifiques… Si nous sommes transparents à l’appareil d’état ou à Facebook, si nous sommes réduits à l’état de trace dans l’échelle politique, si nous sommes pris dans une nébuleuse de dispositifs complexes dont les finalités se superposent et dont le sens nous échappe, alors ces peintures nous ressemblent et parlent de nous, nous parlent.

Nathaniel Raymond, Février 2007